Art du commun

21 avril, 2005

Peep show

Je suis de retour au travail ce matin, pour quelques heures avant mon départ pour Montréal. On aurait semble-t-il du travail pour moi. Ça devient réellement urgent parce que hier, quand j’ai quitté le bureau, je me sentais tellement inutile. J’ai voulu me remonter le moral avec un pédicure, mais il n’y avait plus de place pour la journée… Finalement je suis montée dans un tram jusqu’à Queen W., puis j’ai longé la rue, flanquée de boutiques et de galeries d’art. J’ai vu une expo inspirante, où l’artiste peignait d’étranges scènes de la vie de banlieue en lignes formelles très pures, tous les tons étaient de verts grisâtres et de blancs sombres. Et puis je me suis baladée lentement, en appréciant le paysage, les odeurs, les sons de cette nouvelle ville sous un ciel gris.
Après avoir mangé des dumplings tibétains dans un petit resto sympa (sauf pour la musique totalement new age – ils veulent endormir leurs clients ou quoi?), je me suis rendue au Harbourfront Center. J’avais acheté un billet pour voir le Peep Show project de Marie Brassard, au festival Flying Solo.

Cette femme m’impressionnera toujours. J’aime sa présence sur la scène, et sa façon d’explorer le « stream of consciousness », un peu comme Laurie Anderson l’a fait des les années 1980, 1990, et même encore aujourd’hui semble-t-il. La pièce était très sombre. Marie Brassard était au centre de la pièce, très noire, où il n’y avait qu’une petite chaise sur laquelle elle s’assoyait parfois. Elle avait un micro près de la bouche, et selon les personnages qu’elle incarnait, sa voix était transformée. La pièce s’ouvre sur elle, entrant en scène, vêtue simplement mais de façon très féminine. Lorsqu’elle ouvre la bouche, c’est une voix d’homme très grave qui en sort pour narrer l’histoire du petit chaperon rouge. Ensuite, les personnages et les bouts d’histoires s’enfilent un à un. Nous demeurons quelque dix minutes avec chacun d’entre eux, se laissant emporter par un bout de vie souvent dérangeant, souvent émouvant. Elle semblait si fragile et à la fois si solide sur la scène. Elle a parlé en anglais tout le long, et c’était étrange d’entendre cet accent dans la voix d’une autre, comme si il y avait un peu de moi dans elle aussi. À un moment, son personnage est une enfant, qui raconte comment elle avait un canard très intelligent, mais qu’elle ne voit plus parce qu’il est mort. Et Marie Brassard à ce moment précis s’est trompée… C’était si bizarre pour ceux qui pouvaient comprendre le français. Elle a fait ceci :

« I had a duck. He was very intelligent, but now I don’t see him anymore pasque… »

Et elle s’est reprise avec « because », mais je trouvais ça tellement étrange que c’est pendant qu’elle imitait un enfant que sa langue maternelle lui est revenue instinctivement. Et elle n’a pas dit parce que. Elle l’a vraiment prononcé pasque… Sa pièce était très touchante mais vraiment sombre.

Après, je suis allée attendre Kate dans le lounge, et j’ai encore regardé les photos de Scott Conarroe, qui me semblent toujours aussi fantastiques – et maintenant je sais que je pourrai encourager certains artistes à avancer dans leur travail. Enfin Kate est arrivée, et je l’ai un peu poussée à aller voir Laurie Anderson, parce qu’elle était vraiment gênée.