Art du commun

20 avril, 2005

Habemus papam

J’ai dormi à l’hôtel avec ma sœur hier. J’aime passer la nuit à l’hôtel, j’y dors vraiment bien. Jo était en ville pour le boulot. Mais cette escapade de deux nuits n’a fait qu’exacerber l’impression de passer ma vie dans une valise. D’une part j’aime cette incertitude, ce manque d’attaches, mais je pense que j’ai de plus en plus besoin d’un espace qui m’appartienne, qui soit bien à moi. Je ne sais pas encore quand je déménagerai puisque chris doit finalement se rendre à Québec le week-end du 30 avril. J’étais déçue quand il me l’a annoncé, ça a bousillé tous nos plans. Peut-être est-ce pour le mieux finalement.

Je suis encore au boulot à tuer le temps… J’ai écrit plusieurs courriels, dont celui-ci, échangé avec Caro ce matin, qui elle semble plus occupée que moi mais tout aussi insécure face à son emploi. Par chance, ici, je peux au moins écouter de la musique. Je redécouvre l’album Négresse blanche d’Arthur H. Quel musicien extraordinaire! J’adore l’enfilement de ses chansons, son humour et ses grivoiseries si saines, finalement.

Le courriel envoyé à Caro :

« On a un pape, tu as vu ça? Il s'appelle Benoît, mais en anglais son nom est Benedict, et le Globe and Mail titrait, en une, Benedict the Strict. J'ai regardé la télé hier, la rediffusion de son élection, et je me suis sentie assez émue. C'est assez rare de pouvoir assister à un événement tellement historique, et je me suis aussi sentie, en quelque sorte, propulsée dans le passé. Toute cette mascarade me semblait si carnavalesque - sauf que des milliers, des centaines de milliers de personnes étaient là pour accueillir ce pape, la soi-disant incarnation du fils de dieu sur terre. Pourtant l'église est tellement autarcique (autarchique?) et même tyrannique... ces événements me font réfléchir à l'absence de spiritualité dans ma vie, le manque de routine ou de discipline pour une activité d'introspection ou d'adoration. J'ai délibérément repoussé la tradition que m'avait offerte ma famille. Sans vouloir adhérer aux principes de l'église, je dois avouer que je m'ennuie de cet élément rassembleur des communautés. Par exemple, à Pâques, je suis allée avec mon père à la messe, et j'ai revu plusieurs personnes de mon enfance, des gens du quartier, de la communauté. Tout le monde se donnait des nouvelles sur le parvis de l'église, c'était très amical, et respectueux. Et pourtant, à part mon père et moi, j'ai remarqué au moins cinq autres personnes qui n'étaient pas allés à la communion. Dans mon cas, c'est que je ne veux pas adhérer à ce rituel un peu éculé qui doit soi-disant confirmer ma foi. Peut-être est-ce que plusieurs personnes sont du même avis que moi? »